Le Blasphème

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Le Jeudi 3 Septembre 2020

Faut-il interdire le blasphème ? 

Il y a quelques mois, le blog MauvaisesFois publiait un billet sur le blasphème et comme eux, nous nous réjouissons que blasphémer soit une liberté. Avec l'ouverture du procès des attentats de 2015, l'actualité nous permet d'aborder ce thème du blasphème qui fait souvent l'objet de confusions.

Blasphémer consiste à véhiculer des injures ou des contre-vérités à propos de Dieu, la religion ou ses pratiquants. Adossé à la liberté de croyance (chacun peut croire ce qu'il veut), le blasphème devient une notion très subjective et relative. Par exemple, la croyance que Jésus est Dieu pour un chrétien va constituer un blasphème pour un musulman.

 

En France, nous avons le droit de blasphémer. Il n'existe aucune  infraction sanctionnant les atteintes aux divinités, dogmes, croyances ou symboles religieux.

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Je ne suis pas Charlie ! 

Si tous les blasphèmes consistent en la même chose, les intentions des blasphémateurs ne sont pas toujours les mêmes. C'est la raison pour laquelle.. nous ne sommes pas Charlie ! Si nous affirmons leur droit de blasphémer, nous trouvons les raisons et la manière qu'ils ont de le faire aride sur le plan intellectuel. 

 

C'est précisément sur cette confusion entre «la liberté de blasphémer» et «l'approbation» du blasphème que surf Charlie Hebdo. En témoigne leur récent sondage où ils mettent le sondé face à un choix cornélien entre 1) Applaudir leurs dessins au nom de la liberté d'expression ou 2) Désapprouver une provocation inutile ou encore 3) Être un lâche ou sans avis sur la question … Comme s'il était impossible d'affirmer à la fois la liberté d'expression et de penser en même temps que blasphémer pour provoquer est inutile. Charlie Hebdo exclut des possibilités que leurs publications puissent manquer d’intelligence et nous impose un choix ternaire entre applaudir, être liberticide ou lâche.

Pour ou contre le blasphème ? 

Pour répondre à cette question, il convient de distinguer trois types de blasphémateurs. 

 

1) Le blasphémateur sincère 

Le blasphémateur « sincère » est la personne qui a un discours sur Dieu qui est différent d'autrui. Il peut par exemple, croire que Dieu est méchant, mégalo et hétéro-normé, mais son opinion est argumentée, il croit sincèrement ce qu'il avance. Comme mentionné plus haut, un chrétien qui affirme que Jésus est Dieu blasphème du point de vue de l'Islam, mais ce blasphème-là est sincère, il n'a pas pour but de provoquer ou de faire rire. Toute personne qui a une croyance différente que la vôtre sur Dieu est un blasphémateur. À cet égard, la liberté de blasphémer est un bien précieux, pour les théistes, comme pour les athées. N'oublions pas que des centaines de millions de chrétiens vivant en terre hostile au christianisme sont considérés comme des blasphémateurs vis-à-vis de la religion dominante et qu'à ce titre ils sont persécutés et n'ont pas le droit d'exprimer librement leur foi. 

 

2) Le blasphémateur humoriste 

Certains revendiquent une utilisation humoristique du blasphème et bien que l'humour soit subjectif et puisse être offensant pour certains, le blasphème humoristique devrait être une liberté pour tout le monde, à l'exception de l’État et des services publics. En France, il y a plus de théiste que d’athée, mais étant dans une société mélangeant diverses croyances, l’État et les services publics ne devraient pas prendre parti ou être offensant pour une frange de ses administrés. Tourner en dérision, même pour rire, les croyances des athées ou des théistes n'est pas le rôle de l’État. L’État et les services publics sont un espace non seulement neutre, mais aussi d'apaisement, un lieu commun qui a dans son ADN l'égalité, la liberté et surtout la fraternité. Il n'y a rien de fraternel à offenser inutilement ses administrés. 

3) Le blasphémateur provocateur

Le troisième genre de blasphémateurs tient le même discours diffamant, voir injurieux sur Dieu, mais le but est d'irriter, blesser, énerver ou tirer un bénéfice du blasphème. Se voulant un iconoclaste des temps modernes, nous avons plus affaire ici à un turpide. Ce blasphème-là n'a aucune vertu, mais la bêtise ne tombant pas sous le coup de la loi, que faire face à des provocateurs ?

Comment Dieu perçoit le blasphème ? 

Objectivement, Dieu est autant déstabilisé par nos injures et nos diffamations que nous le serions si une fourmi nous traitait de spéciste hétéro-normé. Cependant, la Bible nous enseigne que Dieu est attristé par nos offenses. Une tristesse qui n'est pas celle d'un dictateur blessé dans son orgueil, mais celle d'un père touché dans son cœur. Du côté du chrétien, la raison de son indignation face au blasphème est simplement qu'une personne qu'il aime est diffamée et/ou insultée. 

Comment s'indigner ? 

Informer

 

Si la personne qui blasphème cherche la vérité, son blasphème est sûrement le fruit d'un manque d'information et/ou d'une mauvaise conception de qui est Dieu. Nous avons affaire ici à un blasphémateur sincère. La meilleure manière de réagir est alors d'informer et de partager afin de rétablir la vérité. L'athéisme d'aujourd'hui n'échappe pas, tout comme le christianisme, à un appauvrissement général du niveau intellectuel de ses partisans. Vous n'avez certainement pas des Diderot en face de vous, mais bien souvent des victimes de la culture populaire ambiante imprégnée de clichés. Nouer une relation de confiance et d'échange avec la personne et proposer des ressources qui traitent des interrogations est la meilleure manière de répondre au blasphème. La contrepartie est que nous-même, nous soyons éduqués sur ces questions.

 

Avoir de la compassion

 

Si l'on est face à un blasphémateur provocateur, la meilleure réaction reste l'amour et la compassion. Répondre par l'invective ou la violence est précisément ce que cherchent ces personnes et c'est, de surcroît, totalement contraire aux fruits que le christianisme est censé produire en nous. 

 

Militer et faire pression

 

Dans une société laïque comme la France, les chrétiens ne devraient pas être passifs lorsque l’État utilise l'argent public pour pratiquer le blasphème provocateur et/ou humoristique. Ce fut le cas récemment de la radio France-Inter qui, dans un élan caractérisé par le courage et la subversion, s'attaqua à la foi chrétienne en chantonnant « Jésus est pédé » sur les ondes. 

 

Que le blasphème sincère ait droit de cité sur les radios du service public est heureux et nous l'encourageons, mais le blasphème provocateur et/ou humoristique ne devrait pas se faire avec l'argent du contribuable pour les raisons que nous avons évoqué précédemment. 

 

Pour ceux qui sont friands de ce genre de blasphème, Charlie Hebdo et d'autres journaux privés se livrent régulièrement à l'exercice. Encore une fois, la provocation inutile et ne pas être drôle ne tombent pas sous le coup de la loi. C'est une contrepartie nécessaire à la liberté d'expression que nous défendrons avec hargne pour le privé, pas pour les services publics, ni l’État, qui se veulent et se doivent d'être laïque. 

Pour conclure ...

... la liberté de blasphémer est une condition sine qua non au vivre ensemble. Cependant, affirmer cette liberté ne nous engage pas nécessairement à approuver et applaudir tous les blasphèmes. Ne soyons pas dupe de cette fausse alternative dans laquelle on voudrait nous enfermer « Applaudir » ou « Être liberticide ». 

Soyons prêts, comme nous invitent les écritures (1 pierre 3.15), à expliquer, argumenter et démontrer les justifications rationnelles qui soutiennent nos croyances vis-à-vis de ceux qui tiennent des propos blasphématoires. 

Nous ne pouvions terminer cet article sans condamner l'atrocité que furent les attentats de 2015, notamment celui qui a touché la rédaction de Charlie Hebdo. Nous croyons qu'en aucune circonstance, un Homme puisse justifier l'usage de la force en invoquant le blasphème. L'amour, le pardon et l'ensemble des fruits de l'Esprit étant au coeur de la foi chrétienne, nous pouvons affirmer, sans ambiguïté aucune, que quiconque s'emploie à de tels comportements trahit le Dieu qu'il prétend servir.

« Je désapprouve ce que vous dites, mais je défendrai jusqu'à la mort votre droit de le dire » 

 

Evelyn Beatrice Hall

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