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Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE I : CHAPITRE XX

Titre 5
Titre 5

SOMMAIRE

I

LIVRE AUDIO

II

CHAPITRE XX

Texte établi par M. de Genoude, Sapia, 1838 (Tome troisième, p. 68-69)


Marcus se sert d’écritures apocryphes ou de textes mutilés pour étayer sa doctrine




Il ne nous serait pas permis de ne pas faire mention du nombre infini d’écritures apocryphes ou de textes mutilés qu’ils produisent pour frapper d’étonnement et pour étourdir les insensés ou les ignorants qui les écoutent ; ils entassent faussetés sur faussetés ; ils racontent, par exemple, qu’étant tout petit enfant, le Seigneur eut à répondre à son maître qui lui enseignait l’alphabet : — « Prononce alpha, dit le maître ; l’enfant répondit alpha. — Dis bêta, ajouta l’instituteur. — Il faut avant m’expliquer, aurait réparti l’enfant, ce que c’est que alpha, je vous dirai après ce que c’est que bêta. » Ce qui prouverait, à les en croire, que seul il aurait la connaissance de l’inconnu, dont le type était la première lettre citée.


Ils défiguraient, ils altéraient de même l’Évangile pour y trouver ces puérilités. Ainsi la réponse que fit l’enfant Jésus, âgé de douze ans, à sa mère : — « Vous ne savez pas qu’il faut que je m’occupe des choses de mon père, » serait la révélation du père inconnu dont elle n’avait pas idée. C’est dans le même but aussi qu’il avait envoyé ses disciples aux douze tribus pour leur prêcher le Dieu inconnu. Ce qu’il répondit à celui qui l’appelait bon maître, en disant : — « Pourquoi me donnez-vous ce titre, il n’y a de bon véritablement que celui qui est dans les cieux. » Par les cieux, il aurait voulu indiquer les Æons. C’est encore pour cette raison qu’il n’aurait pas répondu à ceux qui lui dirent : « Qui vous a donné le pouvoir de faire ces choses ? » Et ensuite ils expliquent dans leur sens la réponse indirecte qu’il leur fit, en gardant le silence sur le Père inénarrable ; ils n’ont pas craint d’interpréter cette sorte de silence en faveur de leur Bythus inconnu.


Dans cet autre texte : « J’ai souvent désiré entendre un de ces discours, et nul ne me l’a prononcé, » ils disent que par le mot un, il fait entendre le seul vrai Dieu qu’ils ne connaissaient pas. Les larmes que le Christ répandit à l’approche de Jérusalem ; les paroles qu’il prononça : — « Si au moins tu avais connu en ce jour ce qui peut t’apporter la paix ; mais maintenant tout est caché à tes yeux, » sont pour eux le secret de Bythus ; dans ces autres paroles : — « Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai ; apprenez de moi, etc., » ils veulent qu’il soit question du Père de toute vérité ; car il promettait, disent-ils, de leur enseigner ce qu’ils ignoraient.


Mais ils ne s’arrêtent point là ; la grande preuve de leur système, celle sur laquelle ils tournent comme sur un pivot, est la citation suivante : — « Je vous rends gloire, à vous, Seigneur du ciel et de la terre, qui avez voilé ces choses aux sages et aux prudents, pour les révéler aux petits : il vous a plu, mon Père, d’en agir ainsi ; tout pouvoir m’a été donné de mon Père, nul n’a connu le Père, si ce n’est son Fils, et nul aussi n’a connu le Fils, si ce n’est le Père et ceux à qui le Fils l’aura révélé. » Après ces citations et les démonstrations qu’ils en tirent, comment douter que le Père de toute vérité se soit caché à tous jusqu’à l’arrivée de son Fils ; cependant ils essaient de prouver que le Dieu créateur a toujours été connu par tous les hommes. C’est le Seigneur qui aurait révélé la doctrine qu’ils enseignent aujourd’hui sur Dieu le père que personne ne connaissait.

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