Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE III : CHAPITRE XII

Titre 5
Titre 5

SOMMAIRE

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Quelle a été la doctrine des autres apôtres sur la nature de Dieu.






Lorsque l’apôtre saint Pierre, après la résurrection de notre Seigneur et son ascension, voulut compléter le nombre douze des apôtres, et en nommer un à la place de Judas, qui avait été choisi par le Christ, il parla ainsi à ceux qui étaient restés fidèles : « Mes frères, il fallait que ce que le Saint-Esprit avait prédit par la bouche de David, touchant Judas, qui conduisait ceux qui ont arrêté Jésus, fût accompli, car il était compté parmi nous ; que sa demeure devienne déserte, et que nul n’y habite, et qu’un autre reçoive son apostolat. » Et en agissant ainsi, saint Pierre ne faisait qu’accomplir ce qui avait été dit par le prophète David. Ensuite, lorsque le Saint-Esprit fut descendu sur les apôtres, pour leur communiquer le don de prophétie et celui des langues, quelques-uns se prenaient à se moquer d’eux, en les traitant d’hommes pris de vin : saint Pierre leur répondit qu’ils n’étaient point ivres, puisqu’il n’était encore que la troisième heure du jour ; qu’ils étaient ce que le prophète avait annoncé, lorsqu’il disait : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront. » Dieu a donc envoyé au genre humain son Esprit divin, ainsi qu’il l’avait promis ; et saint Pierre est chargé d’annoncer que Dieu a accompli sa promesse.

« Hommes de Judée, dit cet apôtre, considérez ceci et prêtez l’oreille à mes paroles : Jésus de Nazareth, homme de Dieu, fameux par les merveilles, les prodiges et les miracles que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous le savez, a été livré par le conseil et la providence de Dieu, et vous l’avez crucifié par la main des méchants, et vous l’avez mis à mort. Mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des douleurs de l’enfer, et il n’était pas possible qu’il y fût retenu ; car David dit de lui : J’ai toujours le Seigneur en ma présence, et il est à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, et ma bouche a célébré sa joie, et ma chair reposera dans l’espérance, parce que vous ne laisserez point mon âme dans l’enfer, et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption. » Ensuite il parle à la foule assemblée autour des apôtres, des prophéties de David, et il dit : « Comme il a été prophète, et qu’il savait que Dieu lui avait promis avec serment qu’un fils de son sang serait assis sur son trône, dans cette prévoyance il a parlé de la résurrection du Christ, et il a dit : Son âme n’a point été laissée dans le tombeau, et sa chair n’a point vu la corruption. Dieu a ressuscité Jésus, et nous en sommes tous témoins. Après qu’il a été élevé par la main de Dieu, et qu’il a reçu de son père la promesse du Saint-Esprit, il a répandu cet esprit, que maintenant vous voyez et entendez ; car David n’est point monté dans le ciel. Or, lui-même a dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je réduise tes ennemis à te servir de marche-pied. Que toute la maison d’Israël sache donc que certainement Dieu a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. » Alors la foule fut émue par ces paroles, et elle dit : « Que ferons-nous donc ? » Pierre leur répondit : « Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, en rémission de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit. » De là la preuve évidente que les apôtres annonçaient toujours le même Dieu et le même souverain créateur ; qu’ils annonçaient un seul et même Christ, qui avait souffert et qui était ressuscité ; et qu’ils n’ont point reconnu, comme le font les hérétiques, deux Christ, dont l’un passible et l’autre impassible. Leur croyance était donc en un Dieu unique et en Jésus-Christ son fils. Les apôtres prêchèrent et inculquèrent cette même vérité à ceux qui n’avaient pas encore la foi, et ils invoquaient l’autorité des prophètes, pour prouver que le Christ promis par Dieu avait été envoyé sur la terre, et qu’il avait été crucifié par les Juifs.

Nous lisons dans les Actes des Apôtres qu’un jour Pierre, étant avec Jean, vit un homme boiteux depuis sa naissance, assis devant cette porte du temple appelée la Belle, et demandant l’aumône aux passants. Pierre dit à cet homme : « Je n’ai ni or ni argent ; mais ce que j’ai je vous le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, levez-vous et marchez. Et l’ayant pris par la main droite, il le souleva, et aussitôt les plantes et les os des pieds devinrent fermes. Et, sautant aussitôt, il se leva et il marchait, et il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu. » La foule voyant ce miracle, s’assembla aussitôt autour des deux apôtres ; alors Pierre, prenant la parole, leur dit : « Hommes d’Israël, pourquoi vous émerveillez-vous de ceci, et pourquoi nous regardez-vous comme si, par notre vertu et notre puissance, nous avions fait marcher cet homme ? Le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos Pères, a glorifié son fils Jésus, lequel vous avez livré et renié devant Pilate, quoique Pilate jugeât qu’il devait être absous ; mais vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’il vous donnât un meurtrier. Et vous avez tué l’auteur de la vie ; mais Dieu l’a ressuscité des morts, et nous en sommes témoins. Et par la foi en son nom, il a affermi celui que vous voyez et connaissez ; et la foi qui est par lui a donné à celui-ci une entière guérison en la présence de vous tous. Et maintenant, mes frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance ; faites donc pénitence et vous convertissez, afin que vos péchés soient effacés. Quand les temps de rafraîchissements de la présence du Seigneur seront venus, et qu’il aura envoyé Jésus-Christ, qui auparavant vous a été annoncé ; car il faut que le ciel le reçoive jusqu’au jour du rétablissement de tout ce que Dieu a prédit par la bouche de ses saints prophètes, dès le commencement du monde. Moïse dit : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète tel que moi ; vous l’écouterez en tout ce qu’il vous dira. Voici ce qui arrivera : Quiconque n’aura pas écouté ce prophète, périra d’entre le peuple. Et tous les prophètes depuis Samuel, et tous ceux qui depuis ont prophétisé, ont aussi prédit ces jours. Vous êtes fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a ordonnée à nos Pères, disant à Abraham : Et en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre. C’est pour vous premièrement que Dieu, suscitant son Fils, l’a envoyé pour vous bénir, afin que chacun de vous revienne de son iniquité. » N’est-il pas évident que Pierre et Jean, dans cette circonstance, ont prêché publiquement que la promesse faite par Dieu aux Juifs de leur envoyer son Fils avait été accomplie par la venue du Christ ? Les voit-on annoncer quelqu’autre Dieu que le Christ, fils de Dieu, qui s’est fait homme, qui a souffert pour racheter les hommes du péché, qui est ressuscité d’entre les morts ? Et ne témoignent-ils pas clairement par leurs discours que tout ce que les prophètes avaient annoncé touchant la venue et la passion du Christ a été accompli ?

Dans une autre circonstance, saint Pierre, ayant comparu au milieu des princes des prêtres assemblés, il leur dit : « Princes du peuple, et vous anciens, écoutez : Puisque nous sommes aujourd’hui interrogés sur le bien fait à un homme infirme qui a été guéri, qu’il soit connu de vous tous et de tout le peuple d’Israël que c’est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, que cet homme est ici guéri devant vous. C’est cette pierre qui a été rejetée par vous, architectes, qui est devenue la pierre angulaire. Il n’est pas de salut en aucun autre : car aussi, il n’y a pas un autre nom sous le ciel qui soit donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. »

Ainsi donc, toujours les apôtres annoncent un même Dieu, un même Christ, qui a été crucifié, et que Dieu avait envoyé sur la terre pour le salut des hommes, après avoir annoncé sa venue par la bouche des prophètes.

Les princes des prêtres restèrent donc confondus par cette guérison miraculeuse (car, dit l’Écriture, « l’homme qui avait été guéri par ce miracle avait plus de quarante ans), » ainsi que par le discours de saint Pierre. Les deux apôtres, ayant été relâchés, vinrent vers les leurs, c’est-à-dire vers les autres disciples de Jésus-Christ, qui représentaient alors l’Église naissante ; ils leur racontèrent ce qui s’était passé, et quels effets ils avaient opéré en invoquant avec foi le nom du Christ. « Ce qu’ayant entendu, tous élevèrent leur voix vers Dieu, et dirent : Seigneur, c’est vous qui avez fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui est, et qui avez dit, par le Saint-Esprit, parlant par la bouche de votre serviteur David : Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples ont-ils médité de vains complots ? Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Christ. Et véritablement Hérode et Ponce-Pilate se sont assemblés en cette cité, et les gentils et les peuples d’Israël contre votre Saint, Jésus, votre fils consacré par votre onction, pour faire ce que votre bras et votre conseil ont résolu de faire. » Voila les paroles et les professions de foi par lesquelles l’Église naissante a été établie. Tels sont les oracles de la grande cité chrétienne, des citoyens du nouveau Testament ; ce sont les paroles des apôtres, des disciples du Seigneur, de ceux qui, après son ascension, reçurent le don de la perfection, en recevant en eux le Saint-Esprit, qui ont invoqué Dieu, créateur du ciel et de la terre, ainsi que le Christ, son fils, l’oint de Dieu, prédit par les prophètes, et qui n’ont jamais reconnu d’autre Dieu. Certainement ni Valentin, ni Marcion, ni aucun de ceux qui professent leurs erreurs, ne faisaient partie de l’assemblée des apôtres, fondateurs de l’Église. Aussi Dieu exauça les prières des apôtres. « Et quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla, et ils furent tous remplis de l’Esprit saint, et ils annonçaient la parole de Dieu avec confiance, et les apôtres rendaient témoignage avec une grande force de la résurrection du Seigneur Jésus-Christ, et une grande grâce était en tous, et ils disaient : Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez mis à mort en l’attachant à une croix. C’est lui que Dieu a élevé par sa main comme prince et Sauveur, pour apporter le repentir à Israël, et la rémission des péchés. Et nous sommes témoins de ce que nous disons, nous et l’Esprit saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. Et tous les jours ils ne cessaient, et dans le temple, et dans chaque maison, d’enseigner et d’annoncer Jésus-Christ. » Car c’est là cette connaissance du salut, qui élève à la perfection et rend dignes de Dieu ceux qui croient à l’avénement de son Fils.

Cependant il se trouve des hommes qui osent dire que les apôtres, en prêchant au milieu des Juifs, ne pouvaient pas leur annoncer un autre Dieu que celui en qui leurs pères avaient toujours cru. Nous leur répondons, en premier lieu, que s’il était vrai que les apôtres n’eussent parlé à leurs contemporains que d’après les opinions reçues, ce serait avouer que c’est Dieu lui-même, sans le ministère des apôtres, qui aurait annoncé la vérité au monde, puisqu’on reconnaît qu’il l’a lui-même proclamée. Et, dans cette hypothèse, les apôtres n’auraient eu par eux-mêmes aucune science ; mais tout ce qu’ils savaient leur aurait été inspiré par Dieu lui-même, suivant la mesure de leur intelligence. Or, d’après un pareil système, il n’y aurait plus aucune règle pour connaître la vérité ; car chaque disciple du Christ interpréterait la doctrine du salut suivant le résultat de ses impressions, et suivant la mesure de son esprit : alors aussi, et suivant le même système, il faudrait considérer comme entièrement inutile la venue de notre Seigneur sur la terre, puisqu’il serait venu pour tolérer, pour approuver toutes les idées particulières, toutes les erreurs des hommes touchant la nature de Dieu. La vérité est qu’il devait paraître aux Juifs très-mortifiant pour eux de s’entendre dire publiquement, par les apôtres, que cet homme qu’ils avaient vu, qu’ils avaient crucifié, était le Christ, fils de Dieu, et leur roi immortel. Il est donc évident que les apôtres ne parlaient point aux Juifs suivant les opinions reçues parmi eux : car ils ne cessaient de leur répéter en face qu’ils étaient les meurtriers du Christ ; ils leur prêchaient un Dieu le père, tout-puissant, supérieur à tous les faux dieux qu’adoraient les nations ; et s’ils leur avaient annoncé, suivant l’erreur des Gnostiques, un Sauveur impassible, alors à quoi bon leur reprocher la mort du Christ, puisqu’il n’aurait pu la souffrir ? Ainsi, si les apôtres, prêchant aux gentils, attaquaient toutes leurs opinions, tous leurs préjugés, en leur disant que leurs dieux n’étaient point des dieux, mais des idoles de démons, comment supposer qu’en parlant aux Juifs ils n’aient pas prêché la connaissance du vrai Dieu à ceux qui ne l’avaient pas ou qui l’avaient perdue, et en fortifiant cette croyance chez ceux en qui elle était déjà ? S’ils détruisaient les erreurs du paganisme ; s’ils renversaient ses dieux, ce n’était point pour y substituer d’autres erreurs et d’autres faux dieux, mais pour faire connaître Dieu le père, le seul et véritable Dieu.

Nous pouvons donc connaître parfaitement, d’après le discours que tint saint Pierre au centurion Corneille, étant à Césarée, et aux gentils qui étaient avec lui, puisque c’est dans cette circonstance que la parole de Dieu fut prêchée pour la première fois par les apôtres, nous pouvons connaître, disons-nous, quelles étaient les dispositions d’esprit des apôtres, et quelle était leur opinion sur la nature de Dieu. Voici ce que nous lisons dans les Actes des Apôtres : « Il y avait, en Césarée, un homme nommé Corneille, centurion dans une cohorte de la légion appelée l’italienne, religieux et craignant Dieu, ainsi que toute sa famille, faisant beaucoup d’aumônes au peuple, et priant Dieu sans cesse. Et il vit manifestement dans une vision, environ vers la neuvième heure du jour, un ange de Dieu qui vint à lui et lui dit : Tes prières et tes aumônes sont montées en présence de Dieu, et il s’est souvenu de toi. Et maintenant fais venir un homme appelé Simon, et surnommé Pierre. » Pierre étant venu, reconnut la vérité de cette vision ; et alors la même voix céleste se fit entendre, et elle dit : « N’appelle point impur ce que Dieu a purifié. » On voit donc par cette parole que Dieu distinguait, d’après sa loi, les choses pures des choses impures, et qu’il a purifié les gentils de leur impureté par le sang de son Fils, dont le centurion avait embrassé le culte. C’est pourquoi Pierre lui dit : « En vérité, je crois que Dieu ne fait point acception des personnes ; mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice, lui est agréable. » Il témoignait hautement, en parlant ainsi, que ce Dieu, dans la crainte duquel vivait Corneille, après l’avoir reconnu en lisant les prophéties et les préceptes de la loi, au nom duquel il faisait l’aumône, était le vrai Dieu. Mais il lui manquait la connaissance du Christ.

C’est pourquoi Pierre continua, en disant : « Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, commençant par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché ; comment Dieu a oint de l’Esprit saint et de sa force Jésus de Nazareth, qui a passé en faisant le bien, et en guérissant tous ceux qui étaient sous l’oppression du démon, parce que Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans la Judée et dans Jérusalem ; et ils l’ont fait mourir, l’attachant à une croix. Dieu l’a ressuscité le troisième jour, et il a voulu qu’il se manifestât, non à tout le peuple, mais aux témoins choisi par Dieu ; à nous qui avons mangé et bu avec lui depuis sa résurrection. Et il nous a commandé de prêcher au peuple, et de témoigner que c’est lui qui a été établi par Dieu le juge des vivants et des morts. Tous les prophètes lui rendent témoignage que tous ceux qui croient en lui reçoivent par son nom la rémission des péchés. » Il est donc manifeste que les apôtres annonçaient le fils de Dieu à ceux qui ne le connaissaient pas encore, mais qui connaissaient cependant le vrai Dieu, croyance dans laquelle ils les confirmaient. Car, si Pierre avait su qu’il y avait deux dieux différents, savoir : le Dieu des Juifs et le Dieu des Chrétiens, il l’aurait prêché avec la même liberté ; puisque ceux qui étaient autour de lui, effrayés encore de la vision de l’ange, auraient cru à tout ce qu’il aurait dit. Il résulte donc des paroles de Pierre qu’il confirma ses auditeurs dans leur croyance en Dieu le père, et qu’il leur prêcha la connaissance de son Fils, Jésus-Christ, qui jugera les vivants et les morts, au nom duquel il les engagea à se faire baptiser pour obtenir le pardon de leurs péchés. Il leur dit encore que ce Jésus était le fils de Dieu, qu’il avait été oint par le Saint-Esprit, qu’il se nommait Jésus-Christ, et qu’il était né de Marie ; ce que témoigne également le discours de ce saint apôtre. Est-ce que saint Pierre n’aurait pas eu alors la science qu’on lui reconnut un peu plus tard ? S’ils argumentent de l’ignorance de Pierre, il leur faudra accuser d’ignorance tous les autres apôtres ; il faudra, pour qu’ils soient parfaits, les faire commencer par être disciples des gnostiques. Or, c’est là une allégation évidemment ridicule. Mais, disent-ils, ce n’est pas l’ignorance des apôtres que nous accusons, mais celle de leurs disciples qui ont mêlé à leur doctrine les erreurs de leur propre esprit : ensorte que ces derniers auraient été livrés à tous les vents des mauvaises doctrines, faisant accueil à toutes les erreurs à mesure qu’elles se présentaient. Ce qui répond à ces chimères, c’est le spectacle de l’Église, fondée par les apôtres, répandue ensuite dans le monde entier, et s’appuyant constamment sur la croyance universelle en Dieu le père, et en Jésus-Christ son Fils.

Nous lisons encore dans les Actes des Apôtres que Philippe rencontra un Éthiopien eunuque, l’un des premiers de la cour de Candace, reine d’Éthiopie, et gardien de tous ses trésors, qui s’en retournait de Jérusalem, assis sur son char, lisant le prophète Isaïe, et qu’il lui dit : Croyez-vous comprendre ce que vous lisez ? Le passage qu’il lisait était celui-ci : « Il a été mené à la mort comme une brebis ; et, comme un agneau est muet devant celui qui le tond, ainsi il n’a pas ouvert la bouche. Qui racontera sa génération, parce que sa vie sera retranchée de la terre ? » Philippe expliqua donc ce passage à l’eunuque, et comment les Écritures avaient été accomplies par la venue du Christ : alors l’eunuque crut ; et, demandant le baptême, il disait : « Je crois que Jésus-Christ est le fils de Dieu. » Après sa conversion, les apôtres l’envoyèrent prêcher l’Évangile dans l’Éthiopie, où il prêcha le Dieu unique annoncé par les prophètes, son Fils fait homme, mené au sacrifice comme une victime, et toutes les autres vérités contenues dans les prophéties.

Saint Paul, après que le Seigneur lui eut fait entendre sa voix du haut du ciel, en lui reprochant qu’il persécutait son Seigneur en persécutant les apôtres, ses disciples, et qu’il lui eut envoyé Ananias pour le convertir et le baptiser, « prêcha aussitôt dans les synagogues, dit la Sainte-Écriture, que Jésus était le fils de Dieu. » C’est là ce mystère qu’il dit lui avoir été révélé, et qui lui fit voir clairement que celui qui a souffert sous Ponce-Pilate, est le maître souverain de toutes choses ; qu’il est le roi, le Dieu et le juge ; qu’il reçoit la puissance de celui dont tout émane : « Il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix. » Prêchant une autre fois à Athènes, et dans l’aréopage, où ne se trouvaient point de Juifs, et où il pouvait dire librement ce qu’il pensait de la nature de Dieu, il ajouta : Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui est dans le monde, le Seigneur du ciel et de la terre, qui n’habite point dans les temples bâtis par les hommes, qui n’est point honoré par les œuvres des mortels, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne tout à tous, et la vie et la respiration, a fait naître d’un seul toute la race humaine pour habiter sur toute la face de la terre, déterminant les temps de la durée des peuples et les limites de leurs demeures, afin qu’ils cherchent Dieu, et qu’ils s’efforcent de le toucher, quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous ; car en lui nous avons la vie, le mouvement et l’être ; et, comme quelques-uns de vos poètes ont dit, nous sommes les enfants de Dieu même. Puis donc que nous sommes les enfants de Dieu, nous ne devons pas croire que la Divinité soit semblable à l’or, à l’argent ou aux pierres, qui ont pris des figures par l’invention de l’homme ; et Dieu, irrité contre ces temps d’ignorance, annonce maintenant aux hommes que tous fassent partout pénitence, parce qu’il a établi un jour pour juger le monde selon la justice, par celui qu’il a destiné à en être le juge, confirmant la foi de tous en le ressuscitant d’entre les morts. »

On voit donc que saint Paul, en parlant ici aux païens seulement, et non pas aux Juifs, leur annonçait d’abord qu’il fallait croire en un seul Dieu, créateur du monde, et il leur prouvait encore que ce Dieu avait voulu que le genre humain couvrît la surface de la terre ; car, ainsi que Moïse l’a dit : « Quand le Très-Haut divisait les nations, quand il séparait les enfants d’Adam, il marqua les limites des peuples selon le nombre des anges de Dieu : mais les peuples qui croient en Dieu ne sont plus abandonnés au pouvoir des anges, ils sont placés sous la protection immédiate de Dieu ; mais la part du Seigneur fut son peuple, Jacob fut son héritage. » Une autre fois saint Paul, se trouvant à Lystre, en Lycaonie, avec Barnabé, ils procurèrent la guérison, en invoquant le nom de Jésus-Christ, à un boiteux de naissance. La foule, témoin de ce miracle, voulait les porter en triomphe et les adorer comme des dieux, c’est alors que saint Paul leur dit : « Qu’allez-vous faire ? Nous sommes mortels et hommes comme vous, vous exhortant à abandonner ces vaines superstitions pour vous convertir au Dieu vivant qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils renferment ; qui, dans les siècles passés a laissé toutes les nations entrer dans leurs voies. Et il n’est pas resté sans témoignage, faisant le bien, donnant les pluies du ciel et les saisons favorables pour les fruits, et nous offrant et la nourriture en abondance et la joie à nos cœurs. » Les mêmes déclarations fourmillent dans toutes les épîtres de saint Paul ; aussi en avons-nous fait usage dans un autre endroit de cet ouvrage (dans le livre V) où nous avons exposé en détail les doctrines de cet apôtre. Les citations que nous venons de rapporter, et qui sont extraites des saintes Écritures, suffisent à l’objet que nous nous proposons ici ; je vous renvoie à ces Écritures pour de plus grands détails, et je vous engage à vous livrer à cet égard à des études assidues. Car les preuves qui sont tirées des Écritures doivent être examinées dans les saintes Écritures mêmes.

Saint Étienne fut le premier que les apôtres nommèrent diacre ; il fut le premier aussi qui suivit les apôtres au martyre, et qui perdit la vie en confessant le Christ. Dans les prédications qu’il faisait au peuple pour lui enseigner la foi, il disait : « Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham quand il était en Mésopotamie, et il lui dit : Sors de ton pays et de ta famille, et viens dans la terre que je te montrerai ; alors Dieu le transporta dans la terre que vous habitez maintenant, et il ne lui donna là aucun héritage, non pas même où poser le pied, mais il promit de la lui donner en possession, et à sa race après lui. Toutefois il lui prédit que sa postérité habiterait une terre étrangère, où elle serait outragée et asservie durant quatre cents ans. Mais je jugerai, dit le Seigneur, la nation à laquelle ils auront été asservis, et après ils sortiront et me serviront en ce lieu. Et il lui donna l’alliance de la circoncision, et ainsi il engendra Isaac. » Le reste de ce discours ne fait que confirmer la même profession de foi relativement à un même Dieu, qui fut avec Joseph et avec les patriarches, et qui fit entendre sa voix à Moïse.

Or, toute la doctrine des apôtres est constante et uniforme sur ce point, savoir : qu’ils ont annoncé un seul et même Dieu, ce Dieu qui ordonna à Abraham de s’expatrier, qui lui promit l’héritage à lui et à sa race, qui lui ordonna le signe de la circoncision, qui ramena les siens de la terre d’Égypte où ils étaient demeurés sans se mêler avec les Égyptiens par l’effet de la circoncision ; ce Dieu, le créateur de toutes choses, le père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Dieu de toute gloire, ce Dieu unique enfin, au-dessus duquel il n’y en a point d’autre. Cette doctrine, au reste, on peut la voir et l’étudier plus en détail dans les Actes des Apôtres. Mais, s’il y avait un autre Dieu supérieur à notre Dieu, il serait nécessairement meilleur que lui ; car la preuve qu’un être est meilleur qu’un autre se tire de ses ouvrages, ainsi que nous l’avons démontré dans un autre endroit ; et comme les hérétiques ne peuvent produire aucune œuvre de leur Dieu prétendu, il faut en conclure que notre Dieu est le seul Dieu. Cependant, si quelqu’un de ceux dont parle saint Paul, « dont l’esprit malade s’arrête à des questions et à des disputes de mots, » prétendait qu’il faut entendre dans un sens allégorique les discours des apôtres, et cherchait par là à attaquer nos écrits, où nous professons la doctrine d’un seul Dieu créateur du ciel et de la terre et de tout ce qui existe, et les conclusions que nous en avons tirées, nous croyons l’avoir à l’avance réfuté et confondu par les autorités que nous venons de produire. On y trouve la preuve sans réplique de la concordance des doctrines des apôtres ; on y voit que leurs enseignements étaient conformes à leurs convictions, sur la toute-puissance et l’unité de Dieu. Or, cette connaissance de Dieu suffit pour purger son esprit de toute erreur, qui deviendrait un blasphème contre Dieu, et de là on arrive naturellement et sans effort à la connaissance de l’ancien et du nouveau Testament, double loi, donnée chacune en son temps par le même Dieu, pour le bonheur et le salut du genre humain.

Les hérétiques, en général, raisonnant d’après la loi de l’ancien Testament, et la croyant différente et même contraire à la loi de l’Évangile, ne se sont pas mis en peine d’étudier les causes de ces différences. Déserteurs de la foi, inspirés par Satan, et séduits par la doctrine de Simon le magicien, ils ont abandonné leur ancienne croyance sur la nature de Dieu, et ils ont cru en savoir plus que les apôtres, parce qu’ils avaient inventé un autre Dieu, se disant plus sincères et plus prudents que les apôtres eux-mêmes, qui ont annoncé l’Évangile, et qui, étant Juifs, doivent bien connaître tout ce qui concernait le peuple juif. C’est par suite d’un semblable égarement que Marcion et ses disciples se sont mis à tronquer les Écritures, rejetant certaines parties dans leur entier, retranchant dans l’évangile de saint Luc et dans les épîtres de saint Paul, et ne trouvant de parfait que ce qu’ils ont rapetissé à leur taille. Mais, avec l’aide de Dieu, nous trouverons encore le moyen de les confondre, même dans le peu qu’ils ont conservé des Écritures ; nous en ferons l’objet d’un livre spécial. Quant au reste des hérétiques, enflés de la vanité d’une fausse science, ils veulent bien reconnaître la vérité des Écritures, mais ils rejettent ceux qui en ont été les interprètes, comme nous l’avons fait voir dans le premier livre. Ceux qui suivent les erreurs de Marcion prennent de là prétexte pour blasphémer le nom de l’auteur de toutes choses, en disant qu’il est aussi l’auteur du mal ; et ils cherchent ensuite à adoucir cette allégation, en disant qu’il y a deux dieux, opposés l’un à l’autre, dont l’un est l’auteur du bien, et l’autre l’auteur du mal. Les valentiniens, en employant des expressions plus mitigées lorsqu’ils parlent du Dieu souverain, professent des erreurs plus offensantes encore envers la majesté divine, car ils font sortir l’architecte des mondes non point du sein de ces Æons qui selon eux font partie de la puissance infinie, mais en le représentant comme le résultat des choses impures qui ont été rejetée hors du Plerum. L’ignorance de Dieu et des saintes Écritures a seule pu les conduire à de pareilles extravagances. Occupons-nous donc maintenant d’examiner les différences apparentes entre les deux Testaments, et ce sera une nouvelle occasion pour nous de démontrer de nouveau leur parfaite unité et leur entière concordance.

Les apôtres et leurs disciples enseignèrent donc la doctrine que l’Église prêche encore aujourd’hui ; et ils devinrent parfaits en pratiquant cet enseignement, parce que cet enseignement renfermait la perfection même. Saint Étienne, pendant qu’il était encore sur la terre, enseignant l’Évangile, eut le bonheur d’avoir une vision dans laquelle il vit la gloire de Dieu, et le Christ debout à sa droite, et il s’écria : « Voilà que je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Comme il achevait ces paroles, il fut lapidé ; c’est ainsi qu’il couronna son enseignement, imitant son divin maître jusque dans sa passion, et demandant à Dieu le pardon pour ceux qui lui ôtèrent la vie : « Seigneur, disait-il, ne leur imputez point ce péché. » Ainsi, ces hommes si parfaits connaissaient bien un seul et même Dieu qui, par le secours de sa providence, soutient et fait prospérer l’espèce humaine, depuis le commencement jusqu’à la fin du monde ; ils étaient donc remplis de cet esprit dont parle le prophète Osée : « C’est moi qui ai parlé aux prophètes, qui ai multiplié leurs visions ; ils m’ont manifesté à vous par leurs oracles. » Or, je le demande, comment est-il possible de supposer, que ceux qui par amour pour l’Évangile du Christ, ont fait le sacrifice de leur propre vie, auraient prêché aux hommes en se conformant aux opinions et aux préjugés reçus alors ! car s’ils eussent agi ainsi, ils n’auraient pas souffert le martyre. Au contraire, ils ont été persécutés, parce qu’ils prêchaient des choses contraires aux opinions de ceux qui refusaient de croire à la vérité. Il est donc manifeste que les apôtres, loin d’avoir trahi la vérité, l’ont prêchée courageusement aux Juifs et aux Grecs. Ils l’annonçaient aux Juifs, en leur enseignant la doctrine de ce Jésus qu’ils avaient crucifié, de ce Jésus qui est fils de Dieu, juge des vivants et des morts, qui a reçu du Père le sceptre de l’empire éternel sur Israël ; c’est ce que nous avons démontré. Ils la prêchaient aux Grecs, en leur annonçant un seul et même Dieu, auteur de tout ce qui existe, ainsi que la venue, pour le salut du monde, de notre Seigneur Jésus-Christ son fils.

La démonstration qui fait l’objet de ce chapitre sera portée encore à un plus haut degré d’évidence, par les termes de cette épître célèbre que les apôtres adressèrent, afin de les affermir dans leur foi, non pas aux Juifs ou aux Grecs, mais à ceux d’entre les gentils qui croyaient au Christ. Plusieurs, qui étaient descendus de Judée jusqu’à Antioche, disaient à leurs frères : « Si vous n’êtes circoncis selon la loi de Moïse, et si vous n’accomplissez pas toutes les observances de la loi, vous ne pouvez être sauvés. » C’est à Antioche même que les disciples du Seigneur furent, pour la première fois, désignés sous le nom de Chrétiens, à cause de leur attachement au Christ. Or, un grand débat s’étant élevé entre Paul, Barnabé et eux, on convint que Paul et Barnabé et quelques autres d’entre eux monteraient à Jérusalem, vers les apôtres et les prêtres, pour faire décider cette question ; c’est alors que Pierre, prenant la parole, se leva et dit : « Mes frères, vous savez qu’il y a longtemps que Dieu m’a élu parmi vous, afin que les gentils entendissent par ma bouche la parole de l’Évangile, et qu’ils crussent. Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, leur donnant le Saint-Esprit comme à nous. Il n’a point fait de différence entre eux et nous, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, imposant à ses disciples un joug que nos pères ni nous n’avons pu porter ? Nous croyons que nous serons sauvés par la grâce du Seigneur Jésus-Christ, comme eux. » Ensuite, l’apôtre Jacques prit la parole, et dit : « Mes frères, Simon a raconté comment Dieu a commencé à regarder les gentils pour se faire un peuple consacré à son nom. Et ici s’accordent les paroles des prophètes, ainsi qu’il est écrit : « Après cela, je reviendrai et je rétablirai le tabernacle de David qui est tombé, et je réparerai ses ruines et le relèverai, afin que le reste des hommes et tous les gentils sur lesquels est invoqué mon nom recherchent le Seigneur, » dit le Seigneur qui fait ces choses. Dès l’éternité Dieu connaît son œuvre ; c’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas inquiéter ceux des gentils qui se convertissent à Dieu, mais leur écrire qu’ils s’abstiennent des souillures des idoles, et de la prostitution, et du sang, et qu’ils ne fassent pas aux autres ce qu’ils ne voudraient pas qui leur fût fait. » Après ces déclarations, auxquelles l’assemblée tout entière adhéra, les apôtres écrivirent à ces gentils la lettre suivante : « Les apôtres, les prêtres nos frères, aux frères qui sont parmi les gentils à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut. Par ce que nous avons appris, que quelques-uns des nôtres vous ont inquiété par leurs paroles, troublant vos âmes, sans que nous leur en eussions donné l’ordre, il nous a plu, à nous tous assemblés, de vous envoyer des hommes que nous avons choisis avec nos très-chers Barnabé et Paul, des hommes qui ont exposé leurs vies pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons donc envoyé Jude et Silos, lesquels vous raconteront les mêmes choses de vive voix. Car il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous de ne point imposer d’autres fardeaux que ceux qui sont nécessaires. Que vous vous absteniez des victimes sacrifiées aux idoles, et du sang, et de la fornication, et de ne pas faire à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait ; toutes choses dont vous ferez bien de vous garder, continuant à marcher dans la voie du Saint-Esprit. » On voit donc bien clairement, d’après cette lettre, que les apôtres enseignaient toujours ce même Dieu le père de l’ancien Testament, mais qu’aux gentils nouvellement convertis à la foi ils annonçaient la loi de délivrance donnée dans le nouveau Testament. Et, en résolvant la question de savoir si les nouveaux Chrétiens devaient ou non se soumettre à la loi de la circoncision, ils ont témoigné leur croyance dans un seul et même Dieu, qui est celui de l’ancien Testament ainsi que du nouveau.

Au reste, on voit dans la vie des apôtres qu’ils n’expliquaient pas l’ancien Testament d’une manière si rigoureuse qu’ils ne voulussent pas vivre avec les étrangers. En effet, Pierre ayant reçu l’ordre, dans une vision, d’aller en catéchiser quelques-uns, et quoiqu’il fût encore tout ému par la vision qu’il venait d’avoir, leur dit, non sans quelque appréhension : « Vous savez combien il est odieux à un Juif de s’unir à un étranger et d’entrer chez lui ; mais Dieu m’a appris à n’appeler aucun homme profane ou impur. C’est pourquoi, dès que vous m’avez appelé, je suis venu sans hésiter. » Il leur exprimait, par ces paroles, qu’il était venu auprès d’eux d’après un ordre secret de Dieu. Et il ne se serait pas décidé à leur donner le baptême, si, à leurs paroles, qui annonçaient un sentiment d’inspiration, il n’eût reconnu que l’Esprit saint était descendu en eux. Et c’est pourquoi il dit : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit comme nous ? » voulant signifier par ces paroles, qu’il ne leur donnait le baptême que dans la persuasion où il était que le Saint-Esprit les avait visités. Les apôtres crurent donc pouvoir laisser plus de liberté relativement aux observances de l’ancienne loi, à ceux des gentils qui étaient sous l’administration de leur frère Jacques, s’abandonnant à cet égard à ce que leur inspirait le Saint Esprit. Mais, quant à eux personnellement, ils continuaient à observer l’ancienne loi donnée par le même Dieu qu’ils adoraient ; il arriva même un jour, que Pierre, avant que quelques-uns, envoyés par Jacques, fussent arrivés, mangeait avec les gentils, par la confiance où il était, par suite de sa vision, que le Saint-Esprit était venu en eux ; mais après leur arrivée, il se retira secrètement et se sépara des gentils, craignant d’être blâmé par les circoncis. Saint Paul assure que Barnabé fit de même que saint Pierre en cette occasion. Ainsi les apôtres, à qui notre Seigneur avait donné mission de rendre témoignage de tous les ordres de Dieu et de toute la doctrine évangélique, (car nous voyons toujours auprès de lui dans les principaux actes de sa carrière évangélique, Pierre, Jacques et Jean), observaient religieusement les deux lois, l’ancienne et la nouvelle, sachant qu’elles émanaient l’une et l’autre du même Dieu. Ils n’auraient point certainement agi de cette manière, si le Christ leur avait enseigné un Dieu autre et différent de celui qui avait donné l’ancien Testament.