Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE IV : CHAPITRE XXVI

Titre 5
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CHAPITRE

Le Christ était dans les saintes Écritures comme un trésor caché, que son incarnation et sa passion ont manifesté au monde ; mais l’interprétation des Écritures et l'explication des règles de la foi n’appartient qu’aux évêques qui, dans la hiérarchie catholique, sont les successeurs légitimes des apôtres.






Il suffit de lire avec attention les saintes Écritures pour y découvrir à la fois, et les enseignements du Christ et là figure des nouvelles destinées de l’humanité » C’est donc là Ce trésor caché dans le champ, c’est-à-dire dans ce monde (le champ c’est le monde), et le trésor caché, c’est le Christ, qui se manifeste à chaque pas dans les Écritures par des figures et des paraboles. Mais tout ce qui est relatif à son humanité ne pouvait être entièrement compris que cela n’eût été accompli par l’avènement même de notre Seigneur. C’est ce qui faisait dire au prophète Daniel : « Mais toi, Daniel, ferme les paroles et scelle le livre jusqu’au temps marqué : plusieurs passeront, et la science sera multipliée. Et quand la dispersion du peuple saint sera accomplie, toutes ces choses seront connues. » Jérémie dit aussi : « Dans les derniers jours vous comprendrez ses conseils. » Toute prophétie, avant d’avoir en son accomplissement, n’est qu’énigme et obscurité pour l’homme ; mais quand le temps est venu et que l’événement prédit s’accomplit, alors le sens des prophéties paraît simple et naturel. Voilà aussi pourquoi les Écritures n’ont plus aucun sens pour les Juifs incrédules ; car, ne reconnaissant pas le nouveau Testament, Ils n’ont pas la clé de toutes les choses qui se rapportent à l’avènement du Christ sur la terre et à Son humanité ; tandis que les Chrétiens puisent dans cet avènement un trésor de science et de lumière, trésor caché dans le champ, que la passion du Christ a fait découvrir, qui agrandit l’intelligence de l’homme en manifestant la sagesse de Dieu, et en découvrant les vues de la providence sur l’humanité ; révélation qui prépare le règne du Christ en annonçant aux justes l’immortalité dont ils jouiront dans la Jérusalem céleste, en faisant connaître à l’homme qu’il pourra s’élever à Dieu par l’amour, qu’il jouira du bonheur de voir Dieu et de l’entendre, et qu’il pourra recevoir de Dieu même un si haut degré de glorification, que les habitants du ciel ne sauraient supporter sa vue, selon ces paroles du prophète Daniel : « Or, ceux qui sont intelligents brilleront comme la splendeur du ciel ; et ceux qui enseignent la justice à plusieurs seront comme les étoiles dans toute l’éternité. » Celui donc qui étudiera les Écritures dans les dispositions que nous venons d’expliquer, deviendra un disciple parfait, et sera semblable au père de famille qui trouve un trésor dans son champ, et qui en tire un grand prix.

Notre Seigneur, apparaissant à ses disciples après sa résurrection, leur dit : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela et qu’il entrât ainsi dans sa gloire, et qu’on prêchat en son nom la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations ? » Leur montrant ainsi que la prophétie de toutes choses se trouvait dans les Écritures. C’est donc aux évêques et aux prêtres, qui tiennent des mains des apôtres le dépôt de la foi, et qui ont reçu l’ordination d’après l’institution même du Christ, que nous devons nous en rapporter pour les véritables règles de notre croyance. Quant à ceux qui s’éloignent du sein de l’Église, quel que soit le lieu où ils se réunissent, nous devons les tenir pour suspects, à l’égal des hérétiques et des gens de mauvaise foi, ou comme des hommes égarés par l’orgueil et ne se complaisant qu’en eux-mêmes ; ou bien enfin comme des hypocrites qui n’ont pour mobile de leur conduite qu’un vil intérêt et une vaine gloire. Tous ceux-là ont quitté le chemin de la vérité. Mais un châtiment particulier est réservé aux hérétiques, qui apportent à l’autel de Dieu un feu étranger, un feu autre que celui destiné au sacrifice, c’est-à-dire des doctrines fausses et impies ; ils seront frappés de la foudre céleste, comme Nadab et Abiud dont parle l’Écriture. Pour ceux qui s’élèvent contre la vérité, qui cherchent à susciter des ennemis à l’Église, ils seront jetés dans les enfers et engloutis dans le sein de la terre, ils subiront le sort de Coré, Dathan et Abiron ; et pour ceux qui cherchent à rompre l’unité de l’Église et à opérer des schismes, Dieu leur infligera le même châtiment que celui qui frappa Jéroboam.

S’il en est quelques-uns qui, après avoir reçu l’élection sacerdotale, chassant la crainte de Dieu de leur cœur, s’abandonnent à leurs passions, deviennent la honte de leur caste, sont enflés d’orgueil à cause de la dignité dont ils sont revêtus, font le mal en secret, et disent en eux-mêmes, personne ne nous voit ; ceux-là seront châtiés par le Verbe. Lui, qui ne juge pas selon la renommée et selon les apparences, mais selon ce qui se passe dans le cœur, les accablera par ces paroles du prophète Daniel : « Race de Chanaan, et non pas de Juda, ta beauté t’a séduit, et la concupiscence a perverti ton cœur. Vieillard, plein de jours mauvais, maintenant les péchés que tu as commis pèsent sur toi ; tu as rendu des jugements iniques, tu as opprimé les innocents et renvoyé les coupables, quand le Seigneur a dit : Tu ne feras mourir ni le juste ni l’innocent. » C’est encore au sujet des mauvais prêtres que notre Seigneur a dit : « Si ce mauvais serviteur dit en son cœur : Mon maître tarde à venir ; et s’il commence à battre ses compagnons, à manger et à boire avec des ivrognes ; le maître de ce serviteur viendra au jour qu’il ne l’attend pas et à l’heure qu’il ne sait pas : il le séparera, et il le mettra dans le lieu de punition avec les méchants. »

Il faut donc s’éloigner avec soin de tous ceux qui ne professent pas une foi franche et sincère, et ne s’attacher qu’à ceux qui restent fidèles à la doctrine des apôtres, ceux dont les discours sont en tout conformes aux lois de la vérité et de la charité, et ont pour objet le salut de leurs frères. Il faut que le prêtre soit comme Moïse, à qui une si grande mission avait été confiée, mais qui, rassuré par une conscience à l’abri de tout reproche, se justifiait auprès de Dieu, en disant : « Ne regardez point leurs sacrifices ; vous savez que je n’ai rien reçu d’eux, et que je n’en ai affligé aucun. » Tel encore Samuel, qui, pendant tant d’années, avait exercé la souveraine judicature sur Israël avec justice et sans orgueil, rendait compte au peuple de sa gestion en ces termes : « Comme j’ai vécu auprès de vous depuis ma jeunesse jusqu’à ce jour, me voici en votre présence, prêt à répondre. Déclarez devant le Seigneur et son oint, si j’ai pris à personne son bœuf ou son âne, si j’ai imputé un faux crime à quelqu’un, si jamais j’ai opprimé qui que ce soit, si j’ai reçu des présents ; et je me condamnerai moi-même aujourd’hui, et vous restituerai ce qui serait à vous. » Le peuple répondit : « Vous n’avez jamais accusé faussement ni opprimé personne, et vous n’avez rien pris d’aucune main. » Alors Samuel ajouta, en prenant le Seigneur à témoin : « Le Seigneur aujourd’hui m’est témoin devant vous, et son oint m’est aussi témoin, que vous n’avez rien trouvé dans mes mains. » Le peuple lui répondit : « Oui, ils en sont témoins. » Tel encore nous voyons l’apôtre saint Paul, fort d’une bonne conscience, rendre compte de sa conduite aux Corinthiens, en disant : « Je peux me rendre cette justice, de n’avoir jamais altéré la parole divine, mais d’avoir toujours parlé en toute sincérité, comme si j’eusse été en présence de Dieu en Jésus-Christ ; de n’avoir nui à perte sonne, de n’avoir séduit personne, de n’avoir trompé qui que ce soit. »

Ce n’est qu’au sein de l’Église que se trouvent de pareils ministres ; c’est d’eux dont le prophète a dit : « Je te donnerai des princes pacifiques et des grands prêtres pleins de justice. » C’est à leur sujet aussi que notre Seigneur a dit ces paroles : « Qui est donc le serviteur fidèle et prudent que son maître a commis sur sa maison pour distribuer la nourriture au temps marqué ? Bienheureux serviteur, si son maître arrivant le trouve ainsi. » Et saint Paul nous explique où l’on pourra trouver ce serviteur fidèle, quand il dit : « Dieu a établi dans son Église, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs. » Où chercherions-nous donc ailleurs la vérité, que là où le Seigneur lui-même en a établi le sanctuaire, où l’Église conserve la succession spirituelle des apôtres et maintient, dans toute sa pureté, dans son incorruptibilité, la parole du salut. Voilà quels sont ceux qui gardent le dépôt de notre foi en un seul et même Dieu, l’auteur de toutes choses : ils alimentent, ils accroissent de plus en plus notre amour pour le Christ, son fils, qui nous a donné tant de preuves de sa bonté ; enfin ce sont eux qui, en nous expliquant les Écritures, avec la fermeté de la conviction, trouvent une nouvelle occasion de louer Dieu et de glorifier les patriarches et les prophètes.