Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE IV : CHAPITRE I

Titre 5
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CHAPITRE

Que le Christ, dans ses discours, a constamment professé un Dieu unique, Dieu le père, et que c’est là ce qu’il a enseigné à ses disciples sur ce point.






Il est donc certain et indubitable que le Dieu proclamé par l’Esprit saint est le Dieu maître souverain de toutes choses, qui gouverne tout avec son Verbe et avec les élus qui ont reçu l’esprit d’adoption, c’est-à-dire ceux qui croient est un seul et vrai Dieu, et en Jésus-Christ son fils ; il n’est pas moins certain que les apôtres ont constamment et unanimement professé la même doctrine ; Il y a plus, et notre Seigneur Jésus-Christ lui-même nous recommande textuellement dans son Évangile, de n’appeler personne notre père, si ce n’est notre seul Père, qui est dans les cieux, et qui est le seul Dieu. Combien sont donc fausses et chimériques les doctrines des faux docteurs et des sophistes, qui prétendent que le Dieu et le Père sont deux dieux différents ; que Demiurgos n’est naturellement ni Dieu, ni le Père, mais qu’il en porte le nom, parce qu’il règne sous condition, pour nous servir dans un sujet aussi relevé du langage de ces docteurs pervertis. Ils mettent de côté toute la doctrine du Christ, se livrent à leurs chimériques inventions, et s’élèvent ainsi contre la croyance universelle de l’Église. Ils appellent leurs divinités, tantôt les Æons, tantôt les dieux, tantôt les pères, tantôt les seigneurs, tantôt les cieux ; ils y joignent la Mère, qu’ils nomment tantôt la Terre, tantôt Jérusalem, et à laquelle ils donnent encore bien d’autres noms.

N’est-il pas de la dernière évidence que si notre Seigneur avait reconnu plusieurs pères et plusieurs dieux, il n’aurait pas donné à ses disciples le précepte de n’adorer qu’un seul et unique Dieu, et de n’appeler leur Père que ce Dieu seul et unique. Il a fait plus encore, il leur a appris à ne pas confondre les êtres auxquels on donnerait le nom de Dieu avec celui qui est le Dieu seul et véritable, afin que sa doctrine ne puisse donner lieu à aucun malentendu, et qu’il n’y ait rien qui ne soit clair. S’il lui était arrivé de nommer quelquefois plusieurs pères et plusieurs dieux, après avoir recommandé de n’adorer qu’un seul Dieu et de ne reconnaître qu’un seul Père, il aurait paru enseigner une chose et en pratiquer une autre. Mais une telle conduite serait celle d’un séducteur odieux, plutôt que d’un maître juste et bon. Ou bien, ce seraient les apôtres qui transgresseraient les préceptes du maître, en confessant un Dieu souverain de toutes choses, seul Seigneur et seul Dieu, s’il n’était pas vraiment le Dieu unique et le seul Père. Mais aussi, d’après ce système, ce serait Jésus même qui aurait le premier entraîné ses disciples dans l’erreur, en leur commandant de n’appeler leur père que le Père qui est dans les cieux, et en les mettant dans la nécessité de nommer Dieu leur Père.