Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE II : CHAPITRE IX

Titre 5
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CHAPITRE

Il n’y a qu’un seul créateur, qui est Dieu le Père ; cette croyance, qui est celle de l’Église, a été aussi celle de toute l’antiquité.






Les contradictions dans lesquelles tombent nos adversaires, au sujet de l’existence de Dieu, soit qu’ils veuillent attribuer la création aux anges ou à une puissance quelconque, nous fourniraient de nouvelles preuves de l’existence de ce Dieu véritable, architecte de l’univers. Les saintes Écritures proclament de toutes parts cette grande vérité, qui a été enseignée par notre Seigneur lui-même : ce point sera plus tard l’objet d’une démonstration particulière. Quant à présent, il nous suffit de rappeler à nos adversaires que cette croyance en un seul Dieu créateur a toujours été professée par toute la terre, depuis le commencement du monde jusqu’à présent ; d’abord, par les premiers hommes qui lui ont rendu un culte d’adoration, ensuite par les prophètes, inspirés de Dieu, qui en ont conservé la tradition : elle a de plus été professée par les ethniciens eux-mêmes ; ils n’ont pu se refuser à reconnaître que la création suppose un créateur, comme l’œuvre suppose l’ouvrier qui l’a faite ; l’univers proclame son auteur. L’Église enseigne par toute la terre cette même vérité qu’elle a reçue de la bouche des apôtres eux-mêmes.

La croyance en un seul Dieu, créateur du monde, est donc, comme nous l’avons dit, une croyance générale. Quant au dieu nouveau imaginé par nos adversaires, voici comment cette fable s’est propagée : Simon le magicien, qui reconnaissait cependant un Dieu suprême, avait prétendu qu’il avait créé le monde par le ministère de ses anges ; mais ceux qui vinrent après lui et qui suivirent sa doctrine la modifièrent et la surchargèrent d’axiômes impies et blasphématoires, qui avaient pour objet de détruire la croyance en un seul Dieu : tels furent les premiers gnostiques. Ceux donc qui les représentent aujourd’hui, et qui sont leurs disciples, sont devenus plus corrompus que leurs maîtres. En effet, les premiers, suivant le langage de l’apôtre, « ont adoré et servi la créature plutôt que le créateur, et ont honoré les idoles ; » mais toutefois ils plaçaient toujours au-dessus de tout un Dieu suprême, créateur de l’univers ; tandis que leurs disciples, ceux que nous combattons aujourd’hui, altérant et dégradant encore cette doctrine, attribuent la création au péché et à une souillure, font du Créateur un être inintelligent, qui ne connaît même pas le Dieu qui est au-dessus de lui et dont il dépend, et qui dit cependant : « C’est moi qui suis Dieu, et il n’y en a point d’autre que moi. » Singulier Dieu, qu’ils font mentir et auquel ils mentent eux-mêmes ; qu’ils représentent comme plein de méchanceté et d’astuce, supposant ensuite une autre Divinité chimérique, supérieure à ce Dieu, et blasphémant sans cesse contre le vrai Dieu. C’est ainsi qu’ils marchent à leur perdition. Eux, qui sont plus corrompus que leurs maîtres, et coupables de plus de blasphèmes envers leur Créateur, ils osent se dire des êtres parfaits, qui sont initiés dans le secret de tous les mystères de la nature.