Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE V : CHAPITRE XXIII

Titre 5
Titre 5

SOMMAIRE

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Le démon est le père du mensonge ; c’est par le mensonge qu’il a fait tomber dans le péché nos premiers parents, le sixième jour après la création ; la rédemption du péché par le Christ a eu lieu aussi un sixième jour.






Dès le commencement le démon était déjà accoutumé à mentir contre Dieu, lorsqu’il vint séduire l’homme dans le paradis terrestre. Là, Dieu avait préparé abondamment tout ce qui était nécessaire pour la nourriture d’Adam et d’Ève ; il n’y avait qu’un seul arbre auquel il leur avait interdit de toucher. En effet, nous lisons dans l’Écriture que Dieu dit à l’homme : « Tu peux manger de tous les fruits du jardin. Mais ne mange pas du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal ; car, au jour que tu en mangeras, tu mourras de mort. » Mais le démon, mentant contre la parole de Dieu, se mit à tenter nos premiers parents ; il s’adressa d’abord à la femme, en lui disant : « Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger du fruit de tous les arbres de ce jardin ? » La femme commence à rejeter l’insinuation du tentateur, en rappelant l’ordre de Dieu, et disant : « Nous mangeons des fruits des arbres de ce jardin, mais pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a commandé de n’en point manger et de n’y point toucher, de peur que nous ne mourions. » Dès que le serpent eut connu le commandement de Dieu, que la femme lui redisait, il cherche aussitôt à séduire son orgueil par un mensonge adroit, en lui disant : « Assurément vous ne mourrez point de mort ; car Dieu sait que le jour où vous aurez mangé ce fruit, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Le voilà donc qui, dans le paradis de Dieu, ose parler contre Dieu même, comme si Dieu ne l’entendait pas ; mais il ignorait la grandeur et la toute-puissance de Dieu. Et lorsque Ève eut dit au démon la menace que Dieu leur avait faite de les faire mourir, s’ils mangeaient du fruit défendu, il répond et ment une troisième fois, en ajoutant : Vous ne mourrez point. Mais la mort, qui a suivi la première désobéissance, a prouvé que Dieu avait été véridique dans sa parole et le démon menteur dans la sienne. Aussitôt qu’Adam et Ève eurent mangé du fruit défendu, la mort fut en eux parce qu’ils avaient désobéi : la désobéissance à Dieu cause la mort. Aussi, dès ce moment, Adam et Ève devinrent la conquête de la mort et furent débiteurs envers elle.

Ils devinrent donc sujets de la mort et ses débiteurs, le jour même où ils mangèrent du fruit défendu ; car la vie de la créature n’est qu’un jour aux yeux de Dieu : « Le soir et le matin, dit l’Écriture, formèrent un jour. » C’est donc ce jour même où la désobéissance fut commise qu’ils furent atteints par la mort. Et si l’on veut compter avec attention les jours suivant l’usage ordinaire, d’après lequel l’un est appelé le premier, l’autre le second, l’autre le troisième, et ainsi de suite, on trouvera que le même jour où Adam a été atteint par la mort correspond à celui où notre Seigneur est mort sur la croix ; car le Christ a résumé en lui toute l’humanité, depuis le commencement jusqu’à la fin ; il fallait ainsi qu’il fût l’image de la mort dont elle avait été frappée. Ainsi le jour où Adam est mort pour avoir désobéi, est aussi ce jour-là, le sixième, où le Christ est mort en obéissant à Dieu. La parole de Dieu, qui avait dit à Adam et à Ève, le jour où vous mangerez du fruit défendu, vous mourrez, cette parole s’est vérifiée de tout point. C’est donc aussi ce même jour, qui est celui de la veille du sabbat et le sixième de la création, en comptant par semaine, que le Christ a voulu mourir sur la croix, créant ainsi, pour ainsi dire, l’humanité une seconde fois, en la délivrant de la mort du péché par sa passion. Peu importe d’objecter qu’Adam aurait encore vécu mille ans sur la terre après son péché ; car, aux yeux du Seigneur, comme le dit saint Pierre, « un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour ; » et il n’a point accordé à Adam une seconde période d’existence après son péché, mais il est mort dans la même période où il avait péché, subissant ainsi sa sentence de mort dans sa plénitude. De quelque manière donc que l’on envisage l’événement de la mort d’Adam, toujours est-il que la parole de Dieu a été accomplie ; ou bien on peut entendre que la désobéissance est elle-même la mort, ou bien que, au moment du péché, Adam et Ève furent chassés du paradis terrestre, et devinrent les débiteurs de la mort ; on peut dire qu’ils ont été en réalité frappés de mort le jour même de leur désobéissance, parce que la vie de la créature n’est jamais qu’un jour aux yeux de Dieu ; enfin on peut entendre que, malgré les années écoulées, le sixième jour de chaque semaine est toujours la répétition du sixième jour de la création, et le même enfin où s’est accomplie la passion de notre Seigneur. De toute manière la sentence de Dieu s’est accomplie, et Adam et Ève sont morts pour avoir mangé du fruit défendu ; et quant au serpent, il a fait connaître à l’univers, dès les premiers temps de la création de l’homme, sa nature menteuse et perverse, et, comme notre Seigneur a dit de lui, « il a été homicide dès le commencement, et il n’a point persévéré dans la vérité. »