Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE V : CHAPITRE XVI

Titre 5
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Puisque nos corps retournent naturellement à la terre après la mort, n’est-ce pas une preuve qu’ils en ont été tirés ? L’homme doit au mérite de la rédemption du Christ d’être redevenu la ressemblance de Dieu même.






Notre opinion est que le premier homme a été formé du limon même de cette terre que nous foulons sous nos pieds ; ce que confirme l’Écriture, lorsqu’elle nous apprend que Dieu dit à Adam : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre d’où tu as été tiré. » Si les corps retournent, après la mort, dans le sein d’une autre terre que celle qui est sous nos pieds, il sera juste de conclure qu’ils ont été tirés de cette autre terre ; mais comme c’est dans le sein de cette terre, sur laquelle nous vivons, que rentrent les corps, concluons que c’est avec le limon de cette terre que nous avons été formés. C’est d’ailleurs ce que Jésus-Christ nous a enseigné dans la guérison miraculeuse de l’aveugle de naissance, en lui formant des yeux avec le limon de notre terre : il nous a encore fait connaître, dans ce miracle, la main de Dieu qui a créé l’homme, ainsi que sa voix qui, depuis le commencement des temps jusqu’à la fin, appelle sa créature ; en même temps qu’il nous a fait voir dans l’Évangile de quel limon nous avons été formés. Nous ne devons pas chercher à porter notre culte à un autre Dieu que celui que le Christ nous a enseigné, ni nous supposer une autre origine que celle qu’il nous a démontrée : c’est donc là cette main qui nous a créés, qui nous a rendus aptes à la vie, qui nous aide dans nos besoins et qui nous fait à son image et à sa ressemblance.

C’est-là ce qui nous a été confirmé par l’incarnation du verbe de Dieu, dans laquelle il s’est fait homme, se faisant semblable à l’homme et faisant l’homme semblable à lui-même, afin que, par cette ressemblance de l’homme avec le Verbe, l’homme devienne plus cher à Dieu le père.

Et, en effet, sous l’ancienne loi on croyait, d’après l’Écriture, que l’homme avait été fait à l’image de Dieu, mais on n’en avait pas la preuve matérielle. Car le Verbe, à l’image duquel l’homme avait été fait, était encore resté invisible. Voilà pourquoi l’homme, tout en continuant d’être l’image de Dieu, avait cessé d’être sa ressemblance. Mais le Verbe, en se faisant homme, a assuré à la fois sa double conformité d’image et de ressemblance avec Dieu : il a montré en lui cette véritable image de Dieu, en se faisant homme et à cette même image ; mais il a de plus rendu à l’homme sa ressemblance avec Dieu, en montrant cette ressemblance avec le Père invisible dans le Verbe devenu visible.

Cette ressemblance a encore été manifestée par la passion du Christ. Car, effaçant pour jamais jusqu’à la trace de cette désobéissance qui avait eu lieu à l’occasion de l’arbre de la science du bien et du mal, il s’est rendu obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix ; ainsi l’obéissance sur le bois de la croix a lavé la souillure de la désobéissance commise sur le bois de l’arbre de la science : or, il fallait que le Christ eût annoncé ce Dieu de la Genèse puisqu’il venait effacer nos péchés et nos torts envers lui. Ainsi, le crime de la désobéissance a été racheté par le mérite de l’obéissance ; les outrages soufferts par le Christ, dans sa passion, ont effacé l’outrage du péché originel envers Dieu ; la révolte dont nous nous étions rendus coupables, dans la personne du premier Adam, nous a été pardonnée par l’obéissance d’un second Adam, qui nous a réconciliés avec Dieu. De qui, en effet, étions-nous restés débiteurs par la faute de notre premier père, si ce n’est de Dieu même que nous avions offensé ?