Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE IV : CHAPITRE X

Titre 5
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Que l’ancien Testament en général, et principalement dans cette partie qui est relative à la mission de Moïse, parle constamment du fils de Dieu, prédit son avénement sur la terre et sa passion ; et que ce livre tout entier a été inspiré par un seul et même Dieu.





Saint Jean a consigné dans son Évangile une circonstance importante ; c’est cette réponse que Jésus fit aux Juifs, lorsqu’il leur dit : « Sondez les Écritures, puisque vous croyez avoir par elles la vie éternelle ; ce sont elles qui rendent témoignage de moi, et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. » Or, pourquoi les Écritures annonçaient-elles le Fils, si ce n’est parce que le Père les inspirait, pour instruire les hommes de cet avénement qui leur apporterait le salut. « Si vous croyiez à Moïse, leur dit le Christ, vous croiriez aussi à moi ; car c’est de moi qu’il a écrit. » Et d’ailleurs, n’est-il pas constamment question du fils de Dieu dans les Écritures ? ici, il fait entendre sa voix à Abraham ; là, c’est à Noé, quand il lui indique les dimensions de l’arche ; ailleurs, on nous le montre à la recherche d’Adam ; dans un autre endroit, portant le jugement contre les habitants de Sodome ; ici il apparaît à Jacob, et lui montre le chemin qu’il doit suivre ; là il parle à Moïse du milieu du buisson ardent. Est-il besoin de citer les termes mêmes par lesquels Moïse désigne le fils de Dieu ? car il a annoncé jusqu’à sa passion, quand il désigne le Christ sous la figure de la pâque ; et, en effet, la passion du Christ, annoncée depuis un temps si reculé, s’est accomplie dans le temps de la pâque, où le Christ a consommé son sacrifice. Il a annoncé non-seulement le jour où s’accomplirait cet événement, mais encore le lieu, l’heure, qui serait celle du coucher du soleil, quand il dit : « Vous ne pourrez pas immoler la pâque dans toutes les villes que le Seigneur votre Dieu doit vous donner, mais dans le lieu que le Seigneur votre Dieu aura choisi pour y établir son nom ; et vous immolerez la pâque le soir au coucher du soleil. »

Déjà l’Écriture, et avant le temps de Moïse, avait prédit l’avénement du Christ, lorsqu’elle dit : « Le sceptre ne sortira pas de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que vienne celui à qui appartient le sceptre, et qui est l’attente des nations. Il liera son ânon à la vigne, à la vigne le fils de son ânesse ; et il lavera sa robe dans le vin, et son manteau dans le sang de la vigne. Ses yeux seront plus rouges que le vin, et ses dents plus blanches que le lait. » Que ceux donc qui prétendent tout expliquer vérifient maintenant quel a été le temps de la mort du Christ, quel a été ce chef de la maison de Juda, quel était cet espoir des nations, ce que signifiait cette vigne, cet ânon, ce manteau, ces yeux, ces dents, ce vin, et enfin chacun des mots de cette prophétie, et ils trouveront que tout se rapporte exactement à notre Seigneur Jésus-Christ. Aussi Moïse, en reprochant au peuple juif son ingratitude, lui dit-il : « C’est donc là ce que tu rends au Seigneur, peuple fou et stupide ! » Et parlant ensuite de ce Dieu qui les a créés, qui doit venir ensuite sur la fin des temps pour les racheter et pour les sauver, qu’ils feront mourir sur la croix, ne voulant pas croire en lui, il dit : « Le salut sera suspendu devant tes yeux, et tu ne croiras pas au salut. » Et il dit encore : « N’est-ce pas lui qui est ton père, qui t’a possédé, qui t’a fait, qui t’a créé ? »