Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE IV : AVANT-PROPOS

Titre 5
Titre 5

SOMMAIRE

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Ce quatrième livre, mon très-cher frère, que nous entreprenons aujourd’hui, aura pour objet, ainsi que nous vous l’avions promis, de fortifier, par les paroles mêmes de notre Seigneur Jésus-Christ, tout ce que nous avons dit précédemment, soit pour faire connaître, soit pour réfuter les fausses doctrines. Ainsi, votre désir sera rempli, et nous vous fournirons sans cesse de nouvelles armes pour confondre les hérétiques, quels qu’ils soient ; vous pourrez ainsi avoir l’espérance de les empêcher de s’enfoncer plus avant dans le bourbier de l’erreur, et peut-être, en les faisant aborder dans le port de la vérité, de les remettre dans la voie du salut.

Mais pour les retirer de leurs erreurs, il est nécessaire de connaître bien tout le détail et tout le système de leur fausse doctrine. Quel est le médecin qui pourrait guérir un malade, s’il ne connaissait la nature de son mal ? Voilà pourquoi il est arrivé que ceux qui étaient avant nous, quoique plus habiles que nous, n’ont pu cependant confondre entièrement les valentiniens, parce qu’ils ne connaissaient pas parfaitement toute l’économie de leur système ; nous l’avons exposé en détail dans notre premier livre, où nous avons fait voir que cette doctrine contenait en résumé toutes les erreurs professées par toutes les sectes hérétiques. C’est pour cela que dans le second livre, en montrant un tableau succinct de toutes ces diverses erreurs, nous avons annoncé que nous espérions les réfuter toutes. Car, si l’on attaque avec des armes propres à cette lutte les valentiniens, on attaque en même temps toutes les fausses doctrines, quelles qu’elles soient ; et si l’on parvient à confondre ceux-ci, on confondra avec eux toutes les sentes hérétiques.

Le point principal de la doctrine des valentiniens est d’abord un énorme blasphème ; car ils représentent l’auteur de toutes choses, le créateur des mondes, comme ayant été le produit d’une souillure ou de quelque grande révolte. En ce qui concerne notre Seigneur, leur doctrine n’est pas moins blasphématoire ; car, pour eux, Jésus n’est pas le même que le Christ, le Christ n’est pas le même que le Sauveur, le Sauveur n’est pas le Verbe, et le Verbe n’est pas le fils unique de Dieu. Et comme ils ont représenté le Dieu de l’univers comme le produit de quelque crime ou de quelque grande révolte ; ainsi font-ils venir le Christ et l’Esprit saint pour effacer cette même souillure originelle, et veulent-ils que celui qu’ils nomment le Sauveur ait été le résidu ou le produit des Æons, ou esprits supérieurs, dégradés par la souillure originelle. Il faut donc que chez eux chaque parole soit un blasphème. Nous avons démontré dans le livre qui précède celui-ci, que les apôtres, ces ministres de la parole, non-seulement n’ont rien dit ni pensé rien de semblable sur ce point, mais que, de plus, ils nous ont spécialement recommandé de fuir de pareilles doctrines, prévoyant par l’esprit de Dieu la venue des faux docteurs pour séduire les faibles.

Imitant le serpent qui séduisit Ève en lui promettant des choses qu’il n’était pas en son pouvoir de donner, ils attirent par l’appât d’une science prétendue plus profonde, par l’initiation à d’ineffables mystères et par la promesse de l’admission dans le paradis de leur Plerum. Que font-ils cependant que donner la mort spirituelle à ceux qui se laissent séduire et partagent leurs apostasies ? L’ange rebelle, qui fit tomber le premier homme dans la désobéissance, crut éviter les regards de Dieu, en se cachant sous la forme et la figure du serpent ; mais Dieu reconnut sa ruse ; aussi, quand il lui parle et qu’il prononce la malédiction sur lui, parle-t-il comme s’il s’adressait au serpent. Maintenant que les derniers temps approchent, le démon tend des piéges à un grand nombre d’hommes, et il se sert des hérétiques pour surprendre les simples, les entraîner dans l’apostasie et dans les blasphèmes contre le Créateur. Il faut, en effet, remarquer que tous les hérétiques, de quelque lieu qu’ils viennent, quelque soit la doctrine qu’ils prêchent, et quelque différence qu’il y ait entre eux, s’accordent néanmoins sur ce point, qu’ils blasphèment et font blasphémer contre Dieu qui nous a faits, qui nous nourrit, et compromettent ainsi le salut d’un grand nombre. L’homme est un composé de matière et d’esprit, formé à la ressemblance de Dieu par la main de Dieu, c’est-à-dire par son esprit et par son Verbe, lorsqu’il leur a dit : Faisons lhomme. C’est donc attenter à notre vie, nous faire renier notre salut, que de nous faire blasphémer contre Dieu. Les hérétiques ont beau employer tous les artifices de la parole, il faut toujours qu’ils arrivent à cette conclusion, qui est, qu’ils blasphèment contre Dieu, et qu’ils font perdre le salut à celui qui est l’image de Dieu, c’est-à-dire à l’homme, pour lequel le Christ s’est dévoué. C’est pour éclaircir ce point que nous avons prouvé jusqu’à l’évidence, que les Écritures n’ont jamais appelé Dieu aucun autre que Dieu le père et son Fils, et les enfants de Dieu que ceux qui ont reçu l’adoption.