Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE III : CHAPITRE XXIV

Titre 5
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L’auteur résume en peu de mots ses réfutations des diverses impiétés mises en avant par les gnostiques. Il oppose aux hérétiques flottant à tout vent de doctrine, l’unité, la perpétuité et l’indivisibilité de la doctrine de l’Église.






Nous avons passé en revue toutes les doctrines criminelles soutenues par les hérétiques sur la nature de Dieu, notre créateur, seul auteur de l’univers et qui ne reconnaît aucun autre Dieu au-dessus de lui ; nous avons, en outre, réfuté toutes leurs fausses allégations sur la nature du Christ, et sur les desseins de Dieu sur l’humanité. À ces doctrines erronées, nous avons opposé l’enseignement de la foi dans notre Église, toujours la même, toujours appuyée sur l’autorité des prophètes, des apôtres et des disciples du Christ, depuis le commencement des temps, jusqu’à ce jour, conforme d’ailleurs à tous les desseins de Dieu et à tous les événements qu’il a suscités pour le salut de l’homme. Telle est notre foi dont l’Église nous a transmis le dépôt ; nos cœurs sont comme un vase qui conserve fidèlement ce dépôt précieux, et par lequel ils sont vivifiés. Notre foi est un don de Dieu qui a été confié à l’Église ; c’est elle qui la soutient et l’anime, et qui vivifie tous ses membres ; c’est par la foi que s’est établie la continuelle communication entre Jésus-Christ et son Église, c’est par elle qu’il l’a fait participer aux dons de l’Esprit saint, ce gage d’immortalité et de salut, cette échelle qui nous sert à monter vers Dieu. « Et Dieu, comme dit saint Paul, a établi dans son Église, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, » et tout le reste de cette hiérarchie que le Saint-Esprit dirige, et dont sont nécessairement exclus tous ceux qui ne marchent pas avec l’Église, et qui, par leur conduite criminelle, prononcent leur propre condamnation et s’excluent eux-mêmes de la vie éternelle. Car, là où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et la source de toute grâce : et enfin là est l’esprit de l’Église, c’est-à-dire la vérité même. Aussi ceux qui ne reçoivent pas les émanations de cet esprit, ne seraient-ils pas admis à boire du lait de vie aux mamelles de cette mère commune, de l’Église, ni à goûter, en se nourrissant du corps du Christ, des eaux de la fontaine ineffable de l’immortalité ; mais, pour parler le langage du prophète, ils se creusent des citernes et ne boivent que des eaux fétides et corrompues ; ils redoutent la foi de l’Église qui serait leur condamnation, et ils rejettent l’Esprit qui confondrait leur ignorance.

Ceux donc qui se sont ainsi séparés sont condamnés à flotter à tout vent de doctrine, à n’avoir qu’une opinion qui varie selon les temps, ne pouvant avoir d’idée fixe sur aucune chose ; sophistes plus occupés à jeter des paroles qu’à rechercher la vérité. Car leurs doctrines, loin d’être comme l’Église, établies sur la pierre et sur une pierre unique, sont bâties sur le sable et présentent les principes les plus opposés. Aussi sont-ils sans cesse occupés à inventer on ne sait combien de dieux ; ils s’excusent toujours en disant qu’ils sont à la recherche de la vérité ; mais ils ne la trouvent jamais (et comment le pourraient-ils, les aveugles !), ils blasphèment l’auteur de toute vérité, en prétendant trouver un autre Dieu au-dessus de Dieu, une autre providence, une autre infinie puissance. Aussi, la lumière qui vient de Dieu ne luit point pour eux, car ils le méprisent, ne font point cas de ses dons et ne veulent pas reconnaître que, dans son inépuisable bonté et dans son amour pour l’humanité, il s’est manifesté à elle par son Verbe. Et quand je dis manifesté, ce n’est pas qu’il ait été donné à l’homme de connaître l’immensité et la nature infinie de Dieu, car personne ne peut ni la mesurer, ni la concevoir ; mais il s’est manifesté dans ce sens, qu’il nous a révélé qu’il était lui seul l’auteur de toutes choses, qui animait tout de son souffle et maintenait la vie dans chaque créature, soutenant et affermissant tout par son Verbe et par sa sagesse. Mais Dieu est bien différent du Dieu imaginaire, rêvé par les gnostiques, Divinité, au reste, qui ne s’occuperait nullement de l’humanité ni du monde ; ce qui ressemblerait au dieu d’Épicure, qui ne s’occupe ni de lui-même ni des autres, et qui ne sait rien prévoir.