Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE II : CHAPITRE XXI

Titre 5
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Que les douze apôtres ne peuvent être considérés comme étant le type des Æons.





On dira peut-être que les douze apôtres ont été la figure de ces douze Æons qui sont provenus d’Anthropos et d’Ecclesia ; ou bien encore que dix d’entre les autres disciples auraient été la figure de ces autres Æons, provenus de l’union du Verbe et de la vie. À cet égard, nous ferons remarquer qu’il est contraire aux règles du bon sens de prétendre que les Æons créés par d’autres, et par conséquent d’une nature inférieure aux autres, soient présentés comme les disciples du Sauveur et comme étant figurés par les apôtres ; tandis que les Æons primitifs, et par conséquent d’une nature supérieure, n’auraient eu ni figure ni symbole ; d’autant mieux qu’il était au pouvoir du Salvator de faire paraître sur la terre trente apôtres au lieu de douze, qui auraient figuré et symbolisé ce qu’ils nomment la première et la principale ogdoade, et même la seconde, de la même manière. Et, en effet, on sait qu’outre les douze premiers apôtres notre Seigneur eut encore soixante et dix disciples ; or, le nombre de soixante et dix ne saurait être la racine ou la figure ni du nombre huit, ni du nombre dix, ni du nombre trente. Et puis, pour quelle raison, comme je l’ai dit, vouloir faire représenter par les apôtres les Æons du second ordre de préférence à ceux du premier ordre, qui sont les aînés des premiers, et qui les ont créés ? Si douze apôtres ont été choisis pour être la figure de douze Æons, pourquoi les soixante-dix autres apôtres n’ont-ils aussi été les figures de soixante-dix autres Æons ? Ainsi il ne faut plus dire qu’il existe trente Æons, mais bien quatre-vingt-deux. Il eût donc été plus rationnel de faire figurer tous les Æons du Plerum par autant d’apôtres.

Mais nous ne devons pas oublier de parler de l’apôtre saint Paul, et l’on doit nous dire de quel Æon il aurait été la figure. Peut-être diront-ils qu’il a été la figure de leur Salvator, cet Æon, mélange de tous les autres et produit par leurs efforts réunis, que tout le monde revendique, parce qu’il appartient à tout le monde ; ce Salvator n’est, du reste, autre chose que la Pandore magnifiquement décrite par le poëte Hésiode, et qu’il appelle le présent de tous, parce que chaque dieu lui avait donné, pour le former, ce qu’il possédait de meilleur en lui. Mais le dieu Mercure mit dans son cœur, pour lui fournir le moyen de tromper les hommes, le mensonge, les paroles flatteuses et toutes les ruses. Tels ont été les moyens employés par les hérétiques pour engager les hommes à ajouter foi à leurs faux systèmes. C’est par l’inspiration de leur mère Achamoth, qu’à l’insu de Demiurgos ils ont prétendu dévoiler, en secret toutefois, à des auditeurs bénévoles, les mystères et les secrets ineffables du ciel. Et c’est non-seulement Hésiode qui aurait d’abord été l’interprète des inspirations de la Mère, mais bien encore Pindare, qui, pour tromper l’attention de Demiurgos, aurait caché tout ce mystère dans la fable de Pélops, dont les membres, déchirés par son père, furent réunis ensuite par les dieux, ce qui était encore la figure symbolique de Pandore. Voilà comment nos adversaires expliquent l’origine de leurs dieux, dont ils prétendent descendre eux-mêmes.