Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE I : AVANT PROPOS

Titre 5
Titre 5

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L’AVANT-PROPOS DU PREMIER LIVRE

Texte établi par M. de Genoude, Sapia, 1838 (Tome troisième, p. 7-9)



Puisque, au mépris de la vérité, quelques hommes se sont attachés à produire de fausses traditions, de vaines généalogies, plus propres, suivant la remarque de l’apôtre, à satisfaire une curiosité puérile qu’à servir à l’édification, résultat de la foi ; puisque, par l’attrait d’un certain nombre de probabilités habilement présentées, ces interprètes infidèles d’une doctrine sainte ont faussé la parole de Dieu ; et surprenant, entraînant les moins habiles sous les fausses lueurs d’une science mensongère, les détournent de la croyance au Créateur, sous prétexte de mieux connaître ce suprême ordonnateur du monde ; commet la science humaine pouvait révérer quelque chose de plus grand et de plus élevé que ce Dieu, qui a créé le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, je veux que vous sachiez que ces faux docteurs ne doivent qu’aux artifices de leur langage de tromper ainsi les simples, en les attirant par l’appât de recherches dangereuses, et qu’ils finissent par les conduire à leur perte, en leur donnant de la Divinité des idées indignes de ce souverain Créateur, et qu’ils rendent enfin l’esprit de ceux qui les écoutent incapables de discerner la vérité de l’erreur.


L’erreur ne se présente jamais à découvert, elle craint d’apparaître nue à tous les yeux, elle a soin de se parer d’un vêtement gracieux, afin de se montrer aux regards des simples plus vraie, s’il était possible, que la vérité elle-même ; ensorte qu’il arrive à ces derniers comme à ceux dont un homme, qui est bien au-dessus de moi, a dit : Présentez-leur un verre habilement travaillé et qui imite un diamant de grand prix, ils préfèreront ce verre au diamant, jusqu’à ce que quelqu’un, capable de discerner, de constater l’art et l’adresse qui seules produisent toute l’illusion, les arrache enfin à leur erreur. Comment séparer en effet l’argent de l’alliage qui s’y mêle, si on n’a point appris à les discerner ?

Aussi, pour empêcher que d’autres Chrétiens ne soient emportés par les novateurs, comme la brebis est emportée par le loup ; pour que leur enveloppe extérieure, la peau de brebis qui les couvre, cesse d’imposer, Dieu nous a commandé la défiance envers ceux qui parlent d’une façon et agissent d’une autre. Après avoir lu ce que les disciples de Valentin eux-mêmes appellent leur système, après avoir conversé avec quelques-uns d’entr’eux et approfondi leur doctrine, j’ai cru devoir vous en révéler les monstrueux et impénétrables mystères ; mystères qui ne peuvent être adoptés que par ceux qui ont abdiqué toute raison.

La connaissance que vous en aurez vous mettra à même d’en instruire les personnes de votre communion ; vous les préserverez par là de cet abîme de folies blasphématrices où se plongent les valentiniens.


J’ai dessein, autant que me le permettront mes forces et la médiocrité de mon génie, de vous démontrer avec précision et clarté la fausseté des enseignements de ces hommes partisans de Ptolémée, et qu’on pourrait appeler la fleur des valentiniens ; je désire aussi vous mettre en main des armes pour détruire ces fausses doctrines, en vous révélant tout ce qu’elles ont de vide et d’absurde.


Sans habitude d’écrire, sans art, l’inspiration seule de la charité me suffira pour vous révéler à vous et à ceux de notre Église des choses jusqu’à ce jour ignorées ; aujourd’hui, s’il plaît à Dieu, elles seront exposées au grand jour, car il n’y a rien de caché qui ne sera révélé, rien d’ignoré qui ne sera connu.


N’exigez pas de moi, habitant de la Gaule Celtique, obligé si souvent de parler une langue barbare, cet art du discours, ce talent de persuasion que je n’ai point appris, cette précision et cette vigueur de style dont je me suis peu soucié ; mais, peut-être, vous vous plairez à trouver dans cet ouvrage des choses rendues simplement, grossièrement peut-être, mais avec vérité. Ce que je vous envoie n’est qu’un faible germe que je vous laisse le soin de développer, à vous qui en êtes plus capable ; votre esprit fécond fera fructifier cet essai, et l’expliquera pour ceux de votre communion. C’est sur votre demande que dès longtemps nous nous sommes occupés d’étudier ces systèmes pour vous en faire connaître aujourd’hui la fausseté, vous vous en servirez suivant la grâce que Dieu vous a donnée d’aider efficacement au salut des autres, et vous les préserverez de tomber dans les piéges que leur tendent les prédicateurs de ces fausses doctrines que nous allons vous faire connaître.