Irénée de Lyon

CONTRE LES HÉRÉSIES LIVRE IV : CHAPITRE XXII

Titre 5
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L’avénement du Christ sur la terre a eu pour objet non-seulement le salut de ceux qui vivaient alors, mais encore de tous ceux qui, soit avant, soit après sa venue, auront eu la foi.





Lorsque les temps sont venus où le genre humain devait obtenir le don d’une parfaite liberté, le Verbe a annoncé, en lavant lui-même les pieds de ses apôtres, qu’il allait purger les filles de Sion de toutes leurs souillures. Toute la destinée du genre humain ayant droit à l’héritage céleste roule dans ce cercle : de même que, par le premier homme, nous avons été jetés dans l’esclavage de la mort, ainsi, par le dernier homme, qui est Jésus-Christ, nous devons être, à partir des apôtres, lavés et purifiés des atteintes du péché et être rendus à la vie éternelle ; car, en lavant les pieds de ses apôtres, il a sanctifié tout le corps des chrétiens et leur a donné le don de pureté. Aussi, après cette cérémonie, il les servait étant assis à table, voulant marquer par là qu’il allait bientôt rendre la vie à ceux qui étaient assis dans l’ombre de la mort, comme on le voit par les paroles du prophète Jérémie : « Le Seigneur s’est souvenu de ceux qui sont morts en Israël et qui dorment dans le champ du repos, et il est descendu vers eux pour leur annoncer le salut et pour les conduire à la vie. » Ainsi, lorsque le moment de la passion du Sauveur fut venu, les yeux de ses disciples s’appesantirent ; quand il vint les visiter, il les trouva endormis, et ne les réveilla point ; signifiant par là que Dieu a égard au repos des hommes. Mais, venant à eux une seconde fois, il les réveilla, pour marquer que sa passion devait être le signal de ceux qui dorment dans les ombres de la mort, et qu’il allait bientôt descendre dans les entrailles de la terre, pour se faire voir ensuite à eux. C’est ce qu’il voulait exprimer, quand il disait à ses disciples : « En vérité je vous dis que beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, et entendre ce que vous entendez, et ne l’ont point entendu. »

Il est donc certain que ce n’est pas seulement pour le salut de ceux qui vivaient alors, c’est-à-dire au temps du règne de César Tibère, et qui croyaient en lui que le Christ est venu sur la terre, mais encore pour le salut de tous ceux qui ont cru en lui dans les temps antérieurs, qui ont désiré de le voir et d’entendre sa voix, et pour tous ceux qui croiraient en lui dans les temps à venir ; enfin, qu’il est venu pour sauver tous les hommes, à quelque siècle qu’ils appartiennent, qui auront eu la crainte de Dieu, qui auront vécu dans la justice et auront aimé Dieu et leur prochain. Aussi, lors de son second avénement, il réveillera ceux-là les premiers du sommeil de la mort, et, après le jugement général, il les établira dans son royaume céleste ; parce que ce Dieu qui a inspiré les patriarches « est le même qui justifie par la foi les circoncis et les incirconsis. » Et de même que les anciens justes étaient la figure de l’Église future et du nouveau Testament, de même l’Église, ainsi que nous qui vivons sous sa loi, nous sommes la figure et comme le reflet des justes et des patriarches des anciens temps, qui reçoivent maintenant dans le ciel la récompense de leurs travaux.